Lettre motivation IA : des candidatures trop similaires
L’IA s’est invitée dans le processus de candidature scolaire et chaque année, des milliers d’élèves l’utilisent pour rédiger leur lettre de motivation. Le résultat ? Des dossiers qui se ressemblent dangereusement. Ce phénomène inquiète de plus en plus les responsables pédagogiques et les recruteurs.

Parcoursup impose chaque année une date limite. Les lycéens sont sous pression. Ils cherchent des raccourcis pour finaliser leurs dossiers. L’IA générative répond à ce besoin immédiat. TikTok regorge de vidéos qui promettent le “prompt parfait” pour décrocher la formation de ses rêves. Cette tendance s’est considérablement accélérée depuis deux ans. Elle transforme profondément la manière dont les établissements lisent les candidatures.
Des lettres qui se ressemblent toutes
Les professeurs de l’enseignement supérieur tirent la sonnette d’alarme. Marie Agnès Sari, vice-présidente en charge de la formation à l’université Paris-Cité, a observé une multiplication de ce qu’elle nomme des “lettres clones”. Ces lettres partagent les mêmes constructions de phrases. Elles utilisent les mêmes formules vides de sens. Elles ne disent rien de la personnalité du candidat.
Un exemple particulièrement frappant illustre bien le phénomène. L’an dernier, un tiers des lettres reçues dans une licence débutaient de la même façon. Toutes mentionnaient que la formation était “holistique”. Ce mot, typique du vocabulaire de ChatGPT, trahissait immédiatement l’usage de l’IA. L’enseignante déplore cette uniformité. Elle souligne qu’il faut au minimum retravailler le texte généré.
Même avec un effort de réécriture, le résultat reste décevant. Les lettres perdent leur authenticité. Les examinateurs ne les lisent plus avec la même attention. Ils n’y accordent plus autant d’exigence. Ce désengagement progressif des recruteurs est un signal d’alarme pour tous les candidats.
Pourquoi la lettre de motivation existe-t-elle encore ?
À l’université, la lettre de motivation remplit une fonction précise. Elle permet de vérifier que le lycéen a bien compris la formation dans laquelle il postule. Aussi, elle aide à éviter les erreurs de casting. Elle permet aussi de mieux comprendre les profils atypiques, ceux qui ont un parcours non linéaire.
Ces objectifs sont pertinents. Mais ils deviennent difficiles à atteindre lorsque les lettres sont générées par une machine. L’IA ne connaît pas le parcours personnel du candidat. Elle ne sait pas pourquoi cet élève en particulier est passionné par la biologie ou le droit. Elle produit un texte générique. Un texte qui pourrait s’appliquer à n’importe qui.
Certains enseignants envisagent d’évoluer dans leurs pratiques de recrutement. Aurélie Dubois, professeure en BTS audiovisuel, suggère de donner davantage de poids aux bulletins scolaires et aux avis des professeurs. Elle propose même d’envisager des entretiens individuels via Parcoursup. Cette approche permettrait de remettre tous les candidats sur un pied d’égalité.
L’IA dans l’éducation : entre opportunité et dérives
L’usage de l’IA dans le contexte éducatif ne se limite pas à Parcoursup. Il touche l’ensemble du système scolaire. Des outils numériques transforment les méthodes d’apprentissage, la gestion des classes et l’évaluation des élèves. Pour comprendre cette transformation en profondeur, le dossier sur l’IA éducation proposé par Business IA offre une analyse complète et nuancée. Il détaille comment l’intelligence artificielle peut devenir un soutien pédagogique efficace, à condition d’être utilisée avec discernement et encadrée par des professionnels. Car sans règles ni formation adaptée, elle risque d’accentuer les inégalités scolaires.
C’est exactement ce que révèle le cas des lettres de motivation. L’IA n’est pas mauvaise en soi. Elle peut aider un élève à structurer ses idées, à corriger ses fautes, à clarifier ses arguments. Mais elle ne doit pas remplacer la réflexion personnelle. Elle doit être un point de départ, pas un résultat final.
Comment rédiger une lettre de motivation authentique avec l’IA ?

La solution n’est pas d’interdire l’usage de l’IA. Ce serait illusoire. Elle est partout. Elle est accessible gratuitement en quelques clics. La vraie réponse est d’apprendre à l’utiliser correctement.
Voici quelques principes à respecter. D’abord, personnaliser systématiquement le contenu généré. Insérer des éléments concrets issus de son propre parcours. Parler d’un stage, d’un projet personnel, d’une expérience marquante. L’IA ne peut pas inventer ces détails. C’est au candidat de les apporter.
Ensuite, éviter les formules trop génériques. Des expressions comme “je suis passionné par ce domaine” ou “cette formation correspond à mes aspirations” ne veulent rien dire sans exemples concrets. Un recruteur les repère immédiatement. Elles donnent une impression de manque de sincérité.
Enfin, relire la lettre à voix haute. Si elle ne ressemble pas à votre façon de parler, elle n’est pas assez personnelle. Une bonne lettre de motivation doit refléter une voix unique. Elle doit donner envie de rencontrer son auteur.
La lettre de motivation a-t-elle encore un avenir ?

La question est légitime. Si les lettres deviennent indiscernables les unes des autres, leur utilité s’effondre. Certains établissements ont déjà réduit leur importance dans le processus de sélection. D’autres réfléchissent à des alternatives.
Les entretiens individuels pourraient remplacer ou compléter les lettres écrites. Ils permettent de tester la capacité d’expression orale, la cohérence du projet et la motivation réelle du candidat. Difficile à simuler avec une IA. Pour l’instant, du moins.
La lettre de motivation n’est pas morte. Mais elle doit se réinventer. Elle doit redevenir ce qu’elle était à l’origine : un espace d’expression authentique. Un miroir du candidat. Pas un texte produit en série par un algorithme généraliste.
Les élèves qui comprennent cela ont une longueur d’avance. Utiliser l’IA intelligemment, c’est la mettre au service de sa propre originalité. C’est la vraie compétence de demain.
